jeudi 5 avril 2012

Et les finalistes sont... Sous béton (Karoline Georges)

Oubliez tous vos repères et ce que vous connaissez du monde qui vous entoure.  C'est fait?  Vous êtes alors prêts à embarquer dans l'imaginaire de Karoline Georges, qui vient tout juste de remporter le Prix à la création artistique du Conseil des Arts et des Lettres du Québec pour la région de la Montérégie, et plus particulièrement dans son roman Sous bétonÀ travers ce prix, on a voulu souligner son talent et son innovation.  Je ne peux qu'abonder dans ce sens.


L'écrivaine et artiste multidisciplinaire
Karoline Georges

Sous béton, c'est l'histoire de l'enfant, du père et de la mère.  C'est l'histoire d'une dépossession, d'une humanité qui se déshumanise.  La première chose qui m'a frappée lors de ma lecture est l'absence de pronoms possessifs dans le récit de l'enfant.  Lorsqu'il parle de l'homme et de la femme avec qui il habite, il ne dit jamais «mon père» ou «ma mère», mais bien «le père» et «la mère».  Déjà, ce vocabulaire nous en dit long sur les rapports entre les protagonistes...

À l'intérieur de l'Édifice qui l'abrite depuis sa naissance, l'enfant est confiné à un espace plus que restreint, froid, nu, programmé.  L'extérieur est réservé pour les faibles, les agonisants.  Dans ce monde, tout se résume au Savoir, à la performance et au rendement «civiques».  On y met du sien, mais pas son coeur.  On agit en automate, sans poser de questions.  Mais l'enfant est différent, et il vivra une expérience singulière. 




Karoline Georges nous présente ce monde coiffé de sa prose distincte, un brin poétique.  Elle provoque des réflexions, nous amène à nous pencher sur notre société et notre place en tant qu'individu dans une chaîne qui semble s'entortiller sur elle-même.  Dans Sous béton, on sent que tout dérape, que quelque chose a failli, et on ne peut s'empêcher, page après page, d'espérer qu'on n'en arrive pas là.  Reste qu'il s'agit là d'une oeuvre de fiction et qu'on peut donc se permettre de se perdre dans cet univers si bien construit.  Le résultat est enlevant.  L'ambiance, les mots demeurent en nous bien après la lecture.

- Sylvianne Blanchette

***

- Sous béton, Karoline Georges, Alto


1 commentaire:

  1. Bravo pour ce commentaire !

    Je suis d'autant plus admirative que j'ai été incapable de le terminer, tout en m'étant rendu au quatre cinquième du roman. Je souffrais trop.

    Je compte tout de même rédiger un commentaire de lecture auquel j'ajouterais un lien vers cette critique.

    RépondreEffacer