samedi 29 mai 2010

Les libraires de la librairie Vaugeois aiment... Je ne veux pas mourir seul

Gil Courtemanche est un des écrivains québécois que j’admire le plus. À chaque fois que je lis un de ses livres , je suis éblouie par la maîtrise de son écriture et par la justesse de ses propos. Déjà en lisant Une belle mort je m’étais rangée derrière cet homme qui en regardant son père malade préfère lui fournir ses petits plaisirs comme l’alcool et le gras que de l’en priver. Il s’imagine bien que son paternel a plus envie de mourir rapidement en profitant de ses derniers moments plutôt que d’être un homme sans joie pendant plusieurs longues années.

Je ne veux pas mourir seul est une réflexion sans pudeur. Dans la même semaine, il a appris qu’il avait le cancer et que sa conjointe le quittait. Ses deux éléments sont fortement ancrés en lui et c’est sans réelle envie de vivre qu’il commence ses traitements contre la maladie. Pourtant plus le temps passe, plus il réalise qu’il ne veut pas mourir. Son esprit est habité par cette femme qui l’a quitté via un long courriel . Même s’il ne l’accepte pas, il comprend ses raisons, il est vieux, pas très beau et il a des dents pourries. Naïvement, il croyait que son amour pour elle serait plus fort que ses défauts. Il espérait qu’elle passerait outre son caractère pas toujours facile et ses difficultés à avoir des relations sexuelles. Elle est jeune, veut des enfants et finalement un jour elle en a eu marre de vivre avec un vieux intelligent certes mais puant et impuissant. Nous assistons donc aux réflexions croisées de Gil Courtemanche sur la maladie et sur l’amour. Le cancer pourrait le tuer mais la perte de cette femme est bien pire pour lui. Elle était la première et la dernière. Il l’aime profondément comme il ne se croyait pas capable.

Je ne veux pas mourir seul est pour moi un grand récit car pour la première fois Gil Courtemanche se met en scène sans se cacher, il se sait détestable et l’assume. La force de caractère de cet homme rend ce texte particulièrement intéressant car il n’est pas du tout complaisant.



-Marie-Hélène Vaugeois

mercredi 26 mai 2010

La citation de la semaine - Dominique Fortier

Nous avons pensé vous offrir, à chaque semaine, une citation tirée d'une de nos lectures.  Que ce soit pour la beauté des mots ou pour l'originalité du propos, nous tenons à vous partager ces passages qui, pour nous, se démarquent de leur ensemble.  Commençons avec Dominique Fortier, jeune auteure et aussi traductrice qui en est à son deuxième roman chez Alto.  La citation est une trouvaille de Marie-Hélène Vaugeois.

«Une théorie veut que tout ce qui vit et a un coeur dispose du même nombre de battements avant la mort - tant pour la souris et tant pour l'éléphant -, qu'une fois la réserve épuisée, l'être s'éteint.  Cela signifierait, sans doute, que la vie de la grenouille, de l'oiseau-mouche ou de la fourmi n'est pas véritablement plus courte que celle de l'homme ou de la baleine, mais qu'elle se déroule à un rythme différent, propre à chaque espèce.  Une vie serait toujours longue d'une vie; simplement, comme il est des planètes où le jour dure des mois et d'autres où le soleil se lève et se couche toutes les quelques heures, certaines créatures éphémères compriment en une journée ce que d'autres mettront un siècle à vivre.»
Les larmes de Saint Laurent, Dominique Fortier, Alto, p. 280



mardi 25 mai 2010

Le libraire est arrivé

Tout paré pour la saison chaude le nouveau Libraire est disponible à la librairie. Laissez vous tenter par sa magnifique couverture de Janice Nadeau qui illustre à merveille ce numéro spécial lectures d'été. À l'intérieur vous retrouvez une entrevue avec R.J. Ellory le gagnant du prix des libraires du Québec 2010, la pétillante Annie Groovy en libraire d'un jour et beaucoup d'autres articles.

samedi 22 mai 2010

Les libraires de la librairie Vaugeois aiment... J'écris parce que je chante mal


Une vraie belle découverte que ce recueil de Daniel Rondeau.  En tant que lecteur, il y a de ces textes que l'on semblait attendre depuis un bon moment, des textes qui méritent qu'après coup, on repose le livre et on se dise : «C'est ça».  J'écris parce que je chante mal offre un concentré de ce type de lectures.  Une expérience touchante, drôle, amère, lucide, révélatrice, authentique (ou tout ça à la fois) nous attend à chaque nouvelle. 

M. Rondeau, qui est aussi la recrue du mois de mai, a un talent certain pour choisir les mots et les manipuler à bon escient.  Quelques-unes de ses réflexions, ou «aphorismes», comme il les appelle sur son blogue (que je me suis mise à fréquenter depuis ma lecture du livre), parsèment le recueil.  Des exemples?  «La vulnérabilité, c'est la clause écrite en petits caractères au bas du contrat de la sensibilité» ou «Pourquoi y a-t-il un verbe qui signifie "dire un mensonge" mais aucun pour "dire la vérité"?».  Brillant!  Par ailleurs, on ne peut que le remercier d'avoir ouvert une porte sur cette sensibilité masculine toute particulière dont on est témoin que trop rarement.

Ce recueil, je l'ai lu trop vite.  Je vais le relire.  Plusieurs fois.  Il risque de devenir ce que certains appellent un «livre de chevet», et ce serait bien une première pour moi.  Je vous invite à faire de même, parce que les nouvelles de Rondeau, elles se dévorent, elles se savourent, elles se prêtent à toutes les vitesses de croisière.

- Sylvianne Blanchette 

samedi 15 mai 2010

Les libraires de la librairie Vaugeois aiment... Les Visages

Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, trouve dans un appartement abandonné des milliers de dessins au crayon de plomb formant une immense fresque. Même si l’auteur de ces œuvres,  Victor Cracke, demeure introuvable, il décide d’en exposer une section dans sa galerie. Au centre, on retrouve des visages d’enfants. Un ex-policier reconnait dans ces portraits des garçons retrouvés assassinés 40 ans auparavant. Ensemble, ils vont reprendre l’enquête. Hélas, l’artiste - et le potentiel meurtrier - ne refait toujours pas surface. 

Ce livre est absolument prenant.  On plonge très rapidement dans le cœur de l’intrigue.  Les différentes pistes sont suffisamment bien emmêlées pour tenir le lecteur en haleine. Les passages relatant l’historique de la famille d’Ethan sont particulièrement intrigants car, au-delà du fait qu’ils sont intéressants, on se demande bien quel est le lien avec les événements présents.  Il s'agit d'un de ces thrillers qui nous happent complètement tout en faisant travailler nos méninges.


Pour la petite histoire : l’auteur, Jesse Kellerman, est le fils de Jonathan et Faye Kellerman, deux auteurs connus des amateurs de polars.  Gageons qu'il n'a pas appris des voisins!  Les visages est son premier livre traduit en français mais sûrement pas son dernier, du moins nous l'espérons!

- Marie-Hélène Vaugeois

Jesse Kellerman
 




jeudi 13 mai 2010

C'est vieux mais c'est bon : les séries Premier Roman et Roman Jeunesse de La courte échelle!

L'automne dernier, la courte échelle a eu la bonne et brillante idée de rééditer plusieurs séries à succès de leurs collections Premier Roman et Roman Jeunesse, dédiées aux 7 à 11 ans.  J'étais sans doute la première à la librairie à «tripper» comme une enfant : je retrouvais les personnages que j'avais suivis avec tant de plaisir et d'assiduité!  En discutant avec les clients, je me suis rendue compte que je n'étais pas la seule à être tombée sous le charme de la bouille de Notdog, ou avoir été tenue en haleine avec les aventures d'Andréa-Maria et Arthur, ou encore à avoir appris à grandir au même rythme qu'Ani Croche...   

Les rééditions offrent trois ou quatre romans d'une série dans un même volume.  Certaines séries, comme celles de Sophie, de Notdog et d'Ani Croche, ont déjà deux volumes à leur actif.  Les couvertures, revampées, sont plus qu'attirantes.  Les illustrateurs d'origine, avec l'aide de Sara Bourgoin pour le design graphique, ont réussi à faire revivre les personnages sous mes yeux.  Je pense, entre autres, à Sophie Casson, Stéphane Poulin, Marie-Louise Gay, Philippe Brochard et Daniel Sylvestre, pour n'en nommer que quelques-uns.

Et je salue tous les Bertrand Gauthier, Chrystine Brouillet, Sylvie Desrosiers, Marie-Danielle Croteau, Gilles Gauthier et Raymond Plante de ce monde, ceux-là même qui sont sans doute à l'origine de mon penchant pour la littérature.  Ils m'ont à tout le moins accompagnée durant une partie du chemin.  Amusez-vous à (re)découvrir ces histoires rigolotes, captivantes, mystérieuses et intelligentes.

- Sylvianne Blanchette







mardi 11 mai 2010

Et les lauréats sont... L'énigme du retour et Vendetta!


Quelle belle soirée que cette 17e remise des Prix des libraires du Québec!  Le tout a eu lieu hier soir, le 10 mai, au Lion d'Or à Montréal.  Cette année, Dany Laferrière et R.J. Ellory ont remporté les honneurs avec leurs romans L'énigme du retour et Vendetta, dans les catégories roman québécois et roman hors-Québec, respectivement.  La comédienne Catherine Trudeau s'est chargé avec brio de l'animation de l'événement, accompagnée du musicien Benoit Rocheleau et des comédiens Hugo Turgeon et Henri Chassé pour la lecture d'extraits des dix finalistes.  Fait à souligner : R.J. Ellory était présent pour recevoir son prix!  Une première pour le PDL, qui jusqu'à maintenant n'avait jamais eu la chance de remettre le prix hors-Québec au lauréat en mains propres le soir de la remise.  Ému et très enchanté que les libraires de la province de Québec aient apprécié son livre, M. Ellory a même prononcé un discours de remerciement en français.  Il était également accompagné de membres de l'équipe Sonatine, son éditeur français.   

Bravo à tous les finalistes et félicitations aux deux gagnants!  Nous avons déjà hâte au dévoilement de la prochaine liste préliminaire!

                                                                     Dany Laferrière

R.J. Ellory
                                        

samedi 8 mai 2010

Les libraires de la librairie Vaugeois aiment... Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle



En 1999, Geert Mak a silloné l’Europe avec l’idée d’y retrouver les traces du siècle qui se terminait. À tous les jours, un article relatant son périple était publié sur la une du NRC Handlesblad, un quotidien néerlandais. De ces papiers est né un livre totalement fascinant : Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle.

Pour les besoins de la lecture, les époques sont séparées par mois, celui de janvier correspondant à l’avant-guerre, soit de 1900 à 1914. Mak se promène à Paris sur les vestiges de l’Exposition universelle jusqu’à Vienne pour retrouver des traces de la jeunesse d’Hitler. Il finira d’ailleurs ce périple en visitant la tombe de la famille Hitler, qui est toujours fleurie malgré l’absence de descendants dans cette famille.  En février, il couvre la Première Guerre mondiale, en allant par exemple à Vichy, où la végétation commence à peine à reprendre ses droits sur ces champs qui ont servi de tranchées.  Et ainsi de suite jusqu'à la fin du siècle en traversant les douze mois de l'année.

Ce livre constitue donc un véritable voyage à travers l’Europe et son histoire, la grande et la petite. Geert Mak sait retrouver les petites traces très significatives dans les lieux qu’il visite. C’est souvent en écoutant les gens parler d’une époque révolue ou en retournant sur les lieux qui ont marqué que l’auteur nous raconte la grande histoire.  Évidemment, plus on avance dans la lecture, moins il y a de recul. Lorsqu’il termine son voyage en visitant les ruines de Sarajevo, il n’est plus dans le passé, mais dans le présent avec un regard sur l’avenir.

Geert Mak


Ce bouquin est un récit de voyage qui devient un outil remarquable pour comprendre non seulement le XXe siècle, mais aussi le monde contemporain. Il est très intéressant de constater à quel point les époques se suivent et qu’un régime qui semblait mort et enterré peut finir par revenir sous une forme différente mais tout de même semblable, et aussi que plusieurs grands mouvements sociaux ont eu lieu au même moment dans plusieurs endroits, comme les protestations de 1968 ou la chute du communsime à la fin des années 80. Il faut aussi souligner que son périple durant la Seconde Guerre mondiale est totalement renversant. D’ailleurs, c’est la période à laquelle l'auteur s’attarde le plus.

Cet ouvrage fait près de 1000 pages; on doit ainsi l'apprivoiser lorsqu’on en entreprend la lecture. Personnellement, je l’ai lu en trois périodes. Lorsque je sentais que ma concentration était moins présente, je préférais le mettre de côté et le reprendre lorsque je me sentais de nouveau d’attaque. J’ai d’ailleurs conseillé à quelqu’un de le lire mois par mois. Il ne faut pas être rebuté par la grosseur de ce livre car il est totalement captivant, voire essentiel.

- Marie-Hélène Vaugeois


mardi 4 mai 2010

Les libraires de la librairie Vaugeois aiment... Lennart Nilsson

Lennart Nilsson est un photographe suédois qui a suscité un certain remous en 1965 lors de la parution de son livre Ett barn blir till (Naître pour l'ouvrage français publié en 1990 et A Child is Born pour le titre anglais).  Pionnier de la photographie médicale, Nilsson a alors partagé avec le monde ses photos d'embryons et de foetus humains.  Encore aujourd'hui, ces images relatant l'évolution de l'être de la conception à la naissance ne laissent personne indifférent : elles choquent, scandalisent, fascinent, inspirent, ou encore elles engendrent toutes ces réactions à la fois.


Plus récemment, soit en 2006, M. Nilsson a fait paraître un ouvrage (paru sous le titre original de Life) qui a été repris par les Éditions de La Martinière, il s'agit de Être.  C'est précisément ce livre, réédité en 2009, qui m'a fait connaître le photographe et son oeuvre.  Mon premier contact s'est avéré des plus riches : je suis passée du dégoût à l'émerveillement sans retenue, j'ai même été touchée par ces minuscules personnes et leurs petits membres, moi qui n'ai pourtant pas la fibre maternelle très ancrée...



Chapeau à ce photographe qui a su innover et montrer une réalité jusqu'alors insoupçonnée de tous ceux qui n'étaient pas scientifiques ou médecins, mais qui nous concerne tous.  Après tout, nous sommes tous passés par là.

- Sylvianne Blanchette

samedi 1 mai 2010

Nos meilleures ventes du mois d'avril 2010

Meilleure vente toutes catégories


Ru, Kim Thuy, Libre Expression


Romans québécois

1. L’oeil de Marquise, Monique LaRue, Boréal
2. HKPQ, Michèle Plomer, Marchand de feuilles
3. Les filles tombées 2 : Les fantômes de mon père, Micheline Lachance, Québec Amérique
    Quand la mort s’invite à la première, Bernard Gilbert, Québec Amérique
4. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
5. La petite et le vieux, Marie-Renée Lavoie, XYZ
6. La chute du mur, Annie Cloutier, Triptyque
    Hitler et la fillette, Catherine Shvets, Flammarion Québec


Romans étrangers

1. Les chaussures italiennes, Henning Mankell, Seuil
2. Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, Katherine Pancol, Albin Michel
    D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère, POL
    Concerto à la mémoire d’un ange, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel


Polars, thrillers et littérature policière

1. Les visages, Jesse Kellerman, Sonatine Éditions
2. La trilogie berlinoise, Philip Kerr, Éditions du Masque


Essais, biographies

1. Ru, Kim Thuy, Libre Expression
2. Adrien Arcand : Führer canadien, Jean-François Nadeau, Lux
3. Tout bouge autour de moi, Dany Laferrière, Mémoire d’encrier
4. À qui la petite?, Renée Hudon, de l’Homme
5. Quelque chose comme un grand peuple, Joseph Facal, Boréal
6. L’étreinte des vents, Hélène Dorion, PUM
    Le mythe de Sisyphe, Albert Camus, Folio
    Olivar Asselin et son temps III : Le maître, Hélène Pelletier-Baillargeon, Fides


Livres pratiques

1. Les maisons-nature, Pierre Thibault, Éditions La Presse
    Le Boréal Express II : 1760-1810, Gilles Boulet, Jacques Lacoursière et Denis Vaugeois, Septentrion
    Le grand livre de la cuisine végétarienne, Igor Brotto et Olivier Guiriec, de l’Homme


Littérature en format de poche

1. L’élégance du hérisson, Muriel Barbery, Folio
2. La trilogie berlinoise, Philip Kerr, LGF
3. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Stefan Zweig, LGF
    Les yeux jaunes des crocodiles, Katherine Pancol, LGF


Littérature jeunesse

1. Le chef-d’œuvre de Chester, Mélanie Watt, Scholastic
    M. Personne, Roger Hargreaves, Hachette Jeunesse