Gil Courtemanche est un des écrivains québécois que j’admire le plus. À chaque fois que je lis un de ses livres , je suis éblouie par la maîtrise de son écriture et par la justesse de ses propos. Déjà en lisant Une belle mort je m’étais rangée derrière cet homme qui en regardant son père malade préfère lui fournir ses petits plaisirs comme l’alcool et le gras que de l’en priver. Il s’imagine bien que son paternel a plus envie de mourir rapidement en profitant de ses derniers moments plutôt que d’être un homme sans joie pendant plusieurs longues années.
Je ne veux pas mourir seul est une réflexion sans pudeur. Dans la même semaine, il a appris qu’il avait le cancer et que sa conjointe le quittait. Ses deux éléments sont fortement ancrés en lui et c’est sans réelle envie de vivre qu’il commence ses traitements contre la maladie. Pourtant plus le temps passe, plus il réalise qu’il ne veut pas mourir. Son esprit est habité par cette femme qui l’a quitté via un long courriel . Même s’il ne l’accepte pas, il comprend ses raisons, il est vieux, pas très beau et il a des dents pourries. Naïvement, il croyait que son amour pour elle serait plus fort que ses défauts. Il espérait qu’elle passerait outre son caractère pas toujours facile et ses difficultés à avoir des relations sexuelles. Elle est jeune, veut des enfants et finalement un jour elle en a eu marre de vivre avec un vieux intelligent certes mais puant et impuissant. Nous assistons donc aux réflexions croisées de Gil Courtemanche sur la maladie et sur l’amour. Le cancer pourrait le tuer mais la perte de cette femme est bien pire pour lui. Elle était la première et la dernière. Il l’aime profondément comme il ne se croyait pas capable. Je ne veux pas mourir seul est pour moi un grand récit car pour la première fois Gil Courtemanche se met en scène sans se cacher, il se sait détestable et l’assume. La force de caractère de cet homme rend ce texte particulièrement intéressant car il n’est pas du tout complaisant.
-Marie-Hélène Vaugeois
























